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Les plus hautes dunes perchées d'Europe

Situées sur la côte ouest du Cotentin, les dunes d’Hatainville font partie du massif dunaire dit de Baubigny qui s’étend entre les caps schisteux gréseux du Rozel et de Carteret sur une surface d’environ 800 hectares.


Ce vaste massif dunaire s’étire sur une dizaine de kilomètres sur le littoral des communes Barneville Carteret, des Moitiers d’Allonne, de Baubigny et de Surtainville. Ces dunes perchées (c’est à dire, appuyées sur une falaise fossile) sont représentatives des dunes du nord de la côte ouest du Cotentin, elles culminent sur Hatainville à 80 mètres de hauteur et s’enfoncent dans les terres à près d’un kilomètre cinq. L’acquisition des dunes d’Hatainville n’a débuté qu’en 1979 dans les limites du site classé (loi du 2 mai 1930) dont le périmètre avait été institué en 1974 pour protéger les dunes des communes de Baubigny et des Moitiers d’Allonne (projet de golf et de constructions).
      Le périmètre d’acquisition du Conservatoire couvre
800 hectares. A l’heure actuelle, le Conservatoire du Littoral est propriétaire sur ce vaste ensemble de 80 hectares de dunes à Surtainville aux Plates mielles et aux Vertes Fosses, de 430 hectares aux Moitiers d’Allonne, et enfin d’une cinquantaine d’hectares sur Barneville Carteret. Les 200 hectares de dunes à Baubigny sont du domaine communal.


Le massif dunaire est un haut lieu du patrimoine naturel bas normand. Le patrimoine paysager, biologique, historique et culturel y est très riche.
Sa conservation au sens large du terme est menée depuis 1981 par le Conservatoire du Littoral et le SyMEL. Une étude de fréquentation menée par le SyMEL en 2001 a démontré qu’il était fréquenté par 50000 visiteurs par an.


 


 


Les dunes d’Hatainville à Carteret : un patrimoine paysager, naturel, historique et culturel exceptionnel.

Un patrimoine histrique et culturel tenace
Le paysage actuel est un héritage de pratiques agricoles ancestrales. L’activité pastorale longtemps communautaire a permis d’empêcher l’enfrichement des dunes. Elle est menée au moins depuis le XVème siècle sur Hatainville.... Un certain nombre d’abreuvoirs, les « daubons », étaient creusés pour l’abreuvement des troupeaux, et ils ont aujourd’hui un intérêt écologique considérable. Les dunes embocagées témoignent de l’obstination des habitants à faire valoir ces terres vaines et vagues en les aménageant pour la culture (talus, potilles, murets...). D’autres traces des activités humaines sont encore visibles dans le paysage (carrières, lavoirs, cabane de douanier....). Ces usages se ressentent à travers la toponymie qui est également un élément patrimonial important avec plus de 50 toponymes recensés. Enfin l’existence d’un moulin à eau disparu sous les sables depuis la fin du XIXème nous atteste que les dunes ont à une époque récente envahie l’arrière pays ...

Un paysage "ouvert"
L’originalité du massif dunaire réside dans sa superficie, son étendue aussi bien en linéaire qu’en profondeur, et par son caractère sauvage. La diversité des formes dunaires, des simples aux plus complexes est intéressante. Sur Hatainville, une dizaine éléments dunaires originaux ont été identifiés. Il s’agit d’éléments représentatifs d’un patrimoine géomorphologique qu’il convient de préserver (caoudeyre à fond inondable, dunes paraboliques emboîtées opposées...) La diminution des dynamiques qui diversifient les formes dunaires est un facteur de vieillissement et d’uniformisation des dunes

 

 


 

Des habitats naturels
Parmi les onze habitats naturels répertoriés sur le site, on trouve un habitat prioritaire de la Directive Habitat (92/43) : les dunes côtières fixées à végétation herbacée (2130) ou dunes grises. Cet habitat atteint sur le site des proportions considérables puisqu’il couvre environ 330 ha, soit près des trois-quarts de la surface du site géré par le SyMEL sur Hatainville et Carteret. D’une surface de 25 hectares, les dépressions humides présentent un intérêt communautaire incontestable en abritant des espèces animales et végétales particulièrement rares. L’état de conservation des 73 dépressions humides du site, réalisé en 2002, a démontré que 19 % d’entre elles sont jugées dans un bon état de conservation et que 41 % sont dans un état de conservation moyen. Elles figurent parmi les plus belles dépressions humides du site Natura 2000, jugées globalement dans un état de conservation favorable.



 

 


 

La faune et la flore
Sur Hatainville, l’intérêt floristique du site est indéniable de part la diversité et la qualité des habitats naturels. 370 espèces végétales sont recensées dont 53 sont considérées comme patrimoniales. Sept espèces sont protégées au niveau national et deux au niveau régional. Les espèces les plus rares se trouvent dans les dépressions humides arrières dunaires que l’on trouve principalement sur la partie nord avec la très rare Ache rampante Apium repens récemment découverte, la gentiane amère Gentianella amarella la littorelle à une fleur Littorella uniflora, la Sagine noueuse Sagina nodosa... On peut également y découvrir un certain nombre d’orchidées comme les Ophrys abeille Ophrys apifera ou araignée Ophrys sphegodes... Les mares permanentes et temporaires sont propices aux invertébrés aquatiques et aux amphibiens. Pour ces derniers qui trouvent ici un habitat de prédilection, douze espèces y sont recensées : triton crêté, le triton alpestre, crapaud accoucheur ou encore le crapaud calamite....

L’intérêt ornithologique est plus limité, mais on notera toutefois la présence du traquet motteux en période migratoire, du gravelot à collier interrompu et du grand gravelot nicheurs réguliers du haut de plage ou encore du bruant zizi qui niche en périphérie du site dans les dunes embocagées. Enfin la fauvette pitchou, nicheuse sur le Cap de Carteret fréquente assidument les dunes depuis quelques années sans avoir encore été prouvée nicheuse dans les fourrés dunaires.


 


 

La gestion des dunes d'Hatainville

Le site est doté d’un nouveau plan de gestion pour la période 2006-2015.
Il a été réalisé en régie par le Syndicat Mixte Espaces Littoraux de la Manche. La gestion du site est orientée vers la conservation des habitats typiques du massif dunaire en conservant un massif dunaire actif, vivant et diversifié et en favorisant la dynamique éolienne créatrice de milieux naturels typiques et originaux.

Le pâturage extensif en milieu dunaire
Comme la majorité des dunes du Cotentin, la quasi totalité du site est vouée à l’activité pastorale. Mais à la différence de nombreux sites, les grandes mielles d’Hatainville sont pâturée de façon extensives sur une surface avoisinant les 310 hectares. Ce pâturage hivernal et printanier est mené par deux agriculteurs locataires des terrains du Conservatoire du Littoral La mielle du nord (90 hectares) est pâturée par des chevaux Cobs Normands, alors que la mielle du sud est pâturées par deux ateliers de vaches allaitantes de races Gasconne des Pyrénées et Charolaise. Les chargements n’excèdent par les 0.3 UGB/Ha en chargement instantané. Les périodes coïncident avec l’hivernage des animaux qui pour les bovins passent la saison estivale dans les marais du Cotentin. Les poulinières entrent au début du mois de décembre et ressortent au début du mois d’avril, et les bovins rentrent au mois de juin et sortent entre la mi mai et début juin. Le faible intérêt fourrager des pelouses dunaires est compensé par la surface exploitable qui permet d’adapter le chargement aux ressources disponibles. Seul un affouragement est toléré sur la parcelle nord. Le site est clôturé avec la clôture high tensile au nord, et en partie au sud, complété par de la clôture herbagère traditionnelle. Les clôtures sont dotées de passages d’homme permettant ainsi au public d’accéder sans problèmes aux mielles.


Dans les dunes embocagées, les petites parcelles, anciennement cultivées, sont entretenues par pâturage hivernal et des lots sont progressivement constitués pour extensifier les pratiques.

 


 


Conservation des dépressions humides arrières
Les dépressions humides arrières dunaires font l’objet d’un programme de restauration depuis 1997. Expérimental dans un premier temps, les enseignements tirés des suivis mis en place suite aux chantiers de restauration par différentes techniques comme le débroussaillage, la fauche, l’étrépage ou le décapage ont permis d’engager des travaux sur de plus grandes surfaces notamment dans le cadre de Natura 2000 afin de conserver l’intérêt biologique de ces zones humides alcalines. Suite au débroussaillage, le pâturage permet d’assurer l’entretien dans une certaine mesure. Les années humides permettent également de limiter la repousse des ligneux, mais depuis 3 ans les hivers sont déficitaires en eau. Un suivi piézométrique a été mis en place sur le site depuis 1997. Un réseau de mares va être progressivement créé afin d’assurer la conservation des amphibiens.

Conserver la dynamique éolienne
De part son étendue et son caractère sauvage, une gestion différenciée est menée sur les zones d’érosions. Elle est majoritairement passive et concerne le front de mer et les zones de déflation comme les caoudeyres. Le piétinement de certains secteurs permet associé à la dynamique éolienne de rajeunir le milieu et conserver une dynamique éolienne créatrice de milieux pionniers car le site est aujourd’hui quasiment stabilisé. Une gestion opportuniste est également menée avec les travaux de décapage qui peuvent engendre une reprise de la dynamique éolienne ; le décapage pour la création de couloirs de déflation est également envisagée. Laisser évoluer naturellement le milieu est une source de diversification des habitats et certaines formes d’érosion peuvent aboutir à la création de dépression humide secondaire, dont la création naturelle est actuellement très rare sur la Côte Ouest du Cotentin.

Différents sentiers sont aménagés et permettent de canaliser le public. Un plan d’interprétation en lien avec le cap de Carteret est actuellement en cours pour améliorer la découverte, la mise en valeur du site et la préservation des habitats.