La lande du camp


La lande du camp, située sur la commune de Lessay, s’étend sur environ 100 ha au sud de l’aérodrome, et représente, aujourd’hui, environ un quart de la superficie de landes ouvertes des landes de Lessay, d’où son intérêt patrimonial majeur.
Vaste secteur ou alternent des landes sèches ou plus humides, tourbières, mares et fossés, bosquets de saules et semis de pins, elle est un exemple type de ces "étendues vaines et vagues" d’où les hommes se sont acharnés depuis des centaines d’années à tirer leur subsistance.
Héritage de ces pratiques qui l’ont remaniée jusqu’au milieu du 20eme siècle, le patrimoine naturel qu’elle présente n’en est pourtant pas moins remarquable : La Lande du camp accueille par exemple 5 espèces de plantes carnivores, dont deux espèces aquatiques.


 

 


 

Une lande parmi les landes


Les landes de Lessay

Elles prennent place dans un bassin issu de l’accumulation des sables et  roches du Massif Armoricain (érosion). Le bassin est composé de sables, argiles et de grès (sables compactés par leur propre accumulation, il s’agit d’une roche sédimentaire). A l’époque (2,4 à 1,8 millions
d’années), la rivière Ay se jette en baie des Veys. Un mouvement de plaque tectonique va changer la donne et projeter l’Ay sur la côte Ouest du Cotentin. Dans le même temps, le bassin sédimentaire des landes de Lessay va se trouver surélevé et va permettre la création des sols des landes de
Lessay. Sur ces sols pauvres, dépourvus de calcaire, vont naître des forêts primaires, composées essentiellement de chênes.


A partir de l’an mille avant notre ère, les hommes vont commencer à déboiser leur environnement afin d’accroître les terres favorables à l’élevage et
l’agriculture.
L’exploitation continue de ces terres va favoriser une végétation composée d’arbres minuscules (les chamaephytes : bruyères et ajoncs), c’est la
naissance des landes de Lessay. Au moyen âge, les landes de Lessay ont une
superficie d’environ 10 000 hectares.

 


 

La lande du camp, un peu d'histoire...


Septembre 1922 : Louise Faure-Favier, journaliste au journal Le Temps, participe à une cérémonie en l’honneur d’un écrivain (Rémy de Gourmont).
Il est prévu de larguer par avion des milliers d’exemplaires d’un poème de l’auteur sur la ville de Coutances, mais la mécanique capricieuse de
l’avion va en décider autrement... Contrainte de se poser sur le champ de foire de Lessay, la journaliste va donner l’idée de la création d’un
aérodrome desservant tout le Cotentin au maire, Monsieur Fauvel. En 1923, la Marine nationale achète, à la commune, les terrains nécessaires à la création d’un aérodrome militaire, c’est la naissance du camp d’aviation.

Juin 1927 : Charles Lindbergh, de retour de sa traversée de l’Atlantique, se pose sur le camp. C’est ce passage qui donnera le nom de l’aérodrome 63 ans plus tard.
La Lande du camp a été propriété communale (et même un « commun » avant la naissance des communes...) et propriété de l’état (marine, SAFER, Conservatoire du Littoral), elle n’a jamais été soumise à des intérêts privés (bien que des propositions aient été faites...). La fonction du
camp d’aviation va empêcher toute modification du terrain dans un but agricole (la lande a, en effet, été énormément remaniée pour permettre
l’atterrissage d’avions et l’implantation de bâtiments). En 1998, la commune de Lessay vend 107 hectares de landes au Conservatoire du
Littoral.

 


 

Soustitre
Héritage de cette histoire mouvementée, le site se présente aujourd’hui sous la forme d’une mosaïque d’habitats : landes sèches à callune Calluna vulgaris, landes humides à bruyère à quatre angles Erica tetralix, landes tourbeuses à Drosera intermedia et Gentiana pneumonanthe, tourbière à Utricularia minor, mares oligotrophes à Littorella uniflora, boisements de chênes ou de pins, ...

L’homme ayant considérablement remanié le site, aucun de ces milieux n’est véritablement « originel » : ainsi, la présence des landes les plus humides est fortement dépendante du fonctionnement hydraulique du site, et en particulier des drains qui ont été implantés sur la lande afin de faciliter l’implantation de l’aérodrome.


Tirant parti de cette diversité de conditions de vie, une faune spécifique s’y est développée : amphibiens et reptiles y sont particulièrement abondants (tritons alpestre et marbrés, coronelle lisse et vipère péliade), les oiseaux typique des landes y sont à leur aise : engoulevent, fauvette pitchou, traquet pâtre, hibou moyen duc, ... sans oublier la gigantesque famille des insectes dont le SyMEL commence simplement à étudier la diversité.

 


 


Pourquoi gérer
Sans gestion, les landes de Lessay reprendraient leur évolution si longtemps interrompue par l’homme et retourneraient à l’état de forêts.
Seulement voilà : la plupart des plantes et animaux rares (et bien souvent protégés) présents dans les landes disparaîtront si les landes se ferment.
Il est donc nécessaire de gérer la lande afin de maintenir le milieu ouvert.

Comment gérer
Le meilleur moyen de gérer une lande, c’est encore de retrouver les gestes et usages anciens, qui l’ont façonnée.
La fauche/exportation :
C’est la méthode la plus simple pour éviter un embroussaillement, il suffit de faucher ou broyer la végétation tous les 3 à 5 ans. Mais attention ! Broyer ne suffit pas ! Si les produits de coupe ne sont pas exportés, la matière décomposée se minéralise et enrichit le sol. La lande se transforme alors en prairie acide (de nombreux layons de chasse sont gérés de la sorte). Le problème de cette pratique est que plus personne ne s’intéresse aux broyats issus de landes, cela devient donc coûteux pour la collectivité et n’est que peu durable..Des essais de valorisation locale des broyats de landes sont actuellement en cours. On sait que ces broyats contiennent peu d’azote et beaucoup de carbone, ce qui peut être un excellent support pour le compostage des fumiers trop liquides.

 


 

Le pâturage :
      Depuis maintenant 5 ans, le SyMEL mène en collaboration avec des éleveurs des expériences de pâturage. Les expérimentations ont débouché en 2004 sur la création d’un parc de 34 hectares dans la réserve de chasse au nord du site. L’objectif de la gestion est de favoriser et conserver la lande. Le milieu n’étant pas particulièrement productif, il est nécessaire de fournir une grande superficie à l’éleveur afin de favoriser les phénomènes de parcours des animaux. Dans ces conditions, les animaux sont capables de prendre du poids (tests effectués sur un troupeau ovin en 2005). La superficie fournie à l’éleveur permet de mettre un nombre d’animaux suffisant pour avoir une réalité économique. C’est le mode de gestion le plus durable car il redonne une fonction économique aux landes.
      Attention aux vermifuges !!
      La faible quantité d’animaux à l’hectare fait de la lande un milieu « sain ». Les animaux sont néanmoins (là comme ailleurs...) vermifugés. On veillera à fournir aux animaux des vermifuges qui ne sont pas mortels pour « la faune non-cible », c’est-à-dire les insectes coprophages. Produire des insectes, c’est améliorer la décomposition de fèces au sol, c’est aussi fournir un nombre considérable de proies aux oiseaux.
      Gérer les niveaux d’eau :
      La Lande du camp a été drainée. Des actions de rebouchage des anciens drains sont en cours car c’est sur ces zones drainées que nichaient autrefois les vanneaux et autres courlis. C’est également dans ces zones que l’on trouve la plus grande concentration de flore patrimoniale.

le suivi opérationnel
Le rôle du SyMEL est de gérer des espaces naturels. Les modes de gestion sont avant tout des outils de conservation des habitats. Il convient donc de « suivre » certains paramètres afin de s’assurer que la gestion est bénéfique aux habitats. Les suivis concernent aussi les animaux de l’éleveur (prise de poids...). Une série d’objectifs de conservation des espèces ou des milieux est d’abord définie, il faut ensuite s’assurer que la gestion atteint ces objectifs. Par exemple, le premier plan de gestion mettait l’accent sur un papillon, l’Azuré des mouillères, et sa plante hôte, la Gentiane pneumonanthe. (photo) Un suivi par comptage des plantes et des œufs présents sur les plantes a été effectué de 2001 à 2005. Le nombre de gentianes a été multiplié par 5 sur la lande durant ce laps de temps et le nombre d’œufs de papillons par 12 !