Les Marais du Val de Saire

Les marais arrière-littoraux du Val de Saire sont des dépressions humides situées derrière le cordon dunaire. Ils s’égrènent parmi les hameaux entre Fermanville et Gatteville-Phare.


A la fin de la dernière glaciation la remontée du niveau marin a entraîné la formation de la dune. Ce phénomène piégea progressivement l’écoulement des cours d’eau descendant les bassins versant. C’est à ce moment que de grandes superficies où poussait une végétation abondante ont été inondées. Aujourd’hui ces espaces sont les marais arrière-littoraux au fond desquels repose une fine couche de tourbe.
Au XIXe et XXe siècles, à des fins agricoles et sanitaires, l’homme a asséché les marais par la construction de nocs, ou nôs. Ces tunnels passent sous la dune et permettent d’évacuer l’eau douce à la mer et sont équipés d’une porte à flots limitant la remontée d’eau salée.


Aujourd’hui, dans certains marais les nocs fonctionnent encore. C’est le cas du marais de la Mondrée ou du marais de Tocqueboeuf, sur la commune de Fermanville. Dans d’autres marais, le temps et la mer ont abîmé les maçonneries. Ainsi, dans le marais de Vrasville et le Hable, si l’eau douce sort, l’eau salée rentre aussi régulièrement. Ce qui leur donne un caractère plus sauvage.
Dans le Val de Saire, les marais d’eau douce et d’eau saumâtre se complètent. Ils sont riches d’une faune et d’une flore très intéressantes sur le plan écologique, et même uniques dans la Manche pour quelques espèces.
Ces grands espaces nous offrent aussi des paysages riches en couleurs, rythmés par la vie des animaux et font le bonheur des amoureux de la nature.

 


 

La diversité des marais du Val de Saire est le résultat de l’influence de plusieurs facteurs : la granulométrie et la texture du sol, la salinité, l’humidité, les activités passées et actuelles… Par conséquent, ces zones humides sont marquées d’une succession de formations végétales de transition depuis la dune jusqu’à la terre.
La partie la plus sèche des marais est localisée au pied de la dune. Cette zone est composée de dunes fixées, de zones à galets, ainsi que des coulées récentes de sable venant de la dune. Tout un cortège floristique dunaire se développe sur ces milieux. Cette végétation est caractéristique de la granulométrie grossière du sable qui est particulière au Val de Saire.


Sur les sables nus, à proximité des bancs de galets, l’espace est occupé par de grosses boules blanches de chou marin Crambe maritima. Le panicaut des dunes Eryngium maritimum, emblème du Conservatoire de l’Espace Littoral et des Rivages Lacustres se compte également en grand nombre. Les sables piétinés par les animaux sont tapissés de Diotis maritime Othantus maritimus. Enfin, une autre plante protégée est présente sur les sables moins grossiers et fixés. Il s’agit de la discrète linaire des sables Linaria arenaria.
Les zones plus humides et de faible profondeur sont dominées par des plantes dites hélophytes. Elles poussent les pieds dans l’eau et peuvent supporter une période de sécheresse et un taux élevé de salinité. Le paysage est composé par des touffes de joncs verts foncés, des grandes tâches de phragmites jaunes paille, des iris, des laîches…Parmi les formations citées précédemment, quelques plantes spécifiques des bas marais sont dispersées : Troscart des marais Triglochin palustris, Pesse d’eau Hippuris vulgaris, Oenanthe fistuleuse Oenanthe fistuleusa, Littorelle uniflore Littorella uniflora…
 

 


 



Si le marais reçoit de l’eau salée, cette dernière est indiquée par un cortège floristique halophile (= qui aime le sel) composé par des grandes étendues de la Salicorne Salicornia ramosissima, de la Lepture droite Parapholis strigosa, de la Soude Sueda maritima…offrant respectivement des couleurs rouge, vert tendre et argenté.
Les zones plus profondes sont occupées par des plantes hydrophytes qui peuvent rester immergées comme la Grenouillette Hydrocharis morsus-ranae.
Enfin, sur la tourbe inondable située vers l’arrière-pays, l’herbe bien grasse compense la qualité peu fourragère des zones les plus sèches et permet d’alimenter quelques vaches.


Associée à cette diversité d’habitats, une multitude d’espèces animales est présente. Au printemps, les amphibiens et les libellules gagnent l’eau pour assurer la reproduction.
Les oiseaux profitent du gîte et du couvert qu’offrent les marais. Parmi les espèces les plus remarquables, citons la Spatule blanche Platalea leucorodia qui séjourne d’avril à septembre dans le marais de Vrasville, se nourrissant de petites crevettes et autres invertébrés aquatiques des milieux saumâtres. En hiver, les zones humides du Val de Saire sont bien connues pour la présence importante de Bécassines des marais Gallinago gallinago. De passage, quelques Hérons pourprés Ardea purpurea, Sarcelles d’hiver et d’été Anas crecca et Anas querquedula, Echasses blanches Himantupus himantopus et autres limicoles s’arrêtent pour reprendre des forces.

 


 


En reproduction, les oiseaux paludicoles tels que le Bruant des roseaux Emberiza schoeniclus, la Cisticole des joncs Cisticola juncidis, la Bouscarle de Cetti Cettia cetti, le phragmite des joncs Acrocephalus schoenobaenus se font entendre dès le début du printemps.

Quelques oiseaux d’eau comme la Foulque macroule Fulica atra, le Cygne tuberculé Cygnus olor, les Vanneaux huppés Vanellus vanellus et exceptionnellement le chevalier gambette Tringa totanus nichent discrètement aux quatre coins des marais.


Enfin quelques espèces égarées utilisent exceptionnellement les marais en terre d’asile. Ce fût le cas pour deux Glaréoles à collier Glareola pratincola en mai 2006, espèce méditerranéenne et de deux phalaropes à bec large Phalaropus fulicarius en novembre 2005, espèce pélagique.