Les Polders de Brévands



Le site de la Pointe de Brévands est constitué de 5 polders créés à la fin du XIXème siècle : le polder de St Clément (1866), le polder du Carmel (1871), le polder de Ste Marguerite (1879), le polder du Rouf (1879/1880) et le polder du petit St André (1905). Ces polders, d’une contenance totale de 184 ha, ont été acquis par le Conservatoire du littoral en 1987. Le site constitue une zone d’intérêt écologique majeur du parc naturel régional des marais du Cotentin et du Bessin et s’intègre dans le périmètre du site Natura 2000 « Baie des Veys/marais du Cotentin et du Bessin ». Quatre polders sont classés en réserve interministérielle de chasse depuis 1988.


La Pointe de Brévands est située dans la baie des Veys, connue et exploitée pour ses gisements de coques, entre l’estuaire de la Taute et de la Douve à l’ouest, et l’estuaire de la Vire et de l’Aure à l’est. De part et d’autre de la Pointe s’étendent de vastes étendues de slikke (vase salée) et de schorre (pré salé). Le site, d’une altitude moyenne de 2,3 m, est constitué de prairies humides, de mares et de canaux qui abritent une flore et une faune variée. Les milieux aquatiques représentent 20 % de la surface du site. Un réseau hydraulique assez complexe permet de collecter et d’évacuer sur l’estran des eaux provenant de polders voisins. La gestion des niveaux d’eau doit permettre d’isoler hydrauliquement le site tout en maintenant une bonne évacuation des eaux excédentaires provenant de la périphérie.

 


 


Les polders espaces naturels ou artificiels ?


  La teneur en sel des eaux superficielles varie de 0 à 45 gramme par litre, en fonction de la localisation des points de prélèvement, de la pluviosité
et des coefficients de marée. Le taux de sel dans le sol est faible, sauf dans le polder du Carmel, qui héberge des plantes nettement halophiles. Ce
gradient de salinité contribue à augmenter la diversité floristique, dont la faiblesse (244 espèces végétales recensées) est due au relief peu
marqué, à la faible diversité des habitats et à l’artificialisation des prairies liée aux pratiques agricoles anciennes qui tendent à s’estomper.
Le site compte une vingtaine d’espèces végétales rares, dont 3 espèces protégées en Basse-Normandie : le vulpin bulbeux, la ruppie maritime et le polypogon de Montpellier, appartenant toutes les trois aux communautés végétales typiques des milieux salés.


Les groupements végétaux des milieux saumâtres sont les plus originaux mais aussi les plus fragiles car ils présentent une écologie complexe
résultant de l’action combinée de facteurs mal connus et difficiles à maîtriser comme les précipitations ou le taux de salinité.
Le site peut constituer une zone d’escale pour des oiseaux migrateurs : courlis cendré, barge rousse, chevalier combattant, bécasseau variable et
une zone d’hivernage pour le vanneau huppé, le pluvier doré, le hibou des marais ou des passereaux nordiques : linotte à bec jaune, bruant des neiges et bruant lapon.
Il figure également parmi les zones de gagnage des canards de la réserve naturelle de Beauguillot, principale remise hivernale de l’unité
fonctionnelle des marais de l’isthme du Cotentin : sarcelle d’hiver, canard colvert, canard siffleur, canard souchet, tadorne de Belon.

 


 


La gestion des polders


Le plan de gestion validé en 2005 vise à améliorer la maîtrise des niveaux d’eau et des pratiques agro-pastorales. La gestion des niveaux d’eau est
indispensable au développement et au maintien de l’originalité des communautés végétales, notamment celles des vases et des milieux
saumâtres, et à la conservation des espèces protégées et/ou rares en Basse-Normandie.
Le contrôle des niveaux d’eau doit aussi permettre de restaurer le rôle fonctionnel du site en tant que site de remise ou de gagnage pour les
oiseaux d’eau en migration et en hivernage.
Le rôle du site en tant que zone de reproduction doit être renforcé pour des espèces comme le vanneau huppé, l’avocette élégante et l’échasse
blanche qui ont niché par le passé.


Les polders sont entretenus par une activité agropastorale mixte fauche/pâturage qui permet de maintenir un milieu ouvert de type prairial.
La maîtrise de l’activité doit permettre d’éviter le surpâturage qui se traduit par un piétinement trop intense de la végétation des berges des
mares, des canaux et des fossés, un tassement ou une déstructuration des sols, voire une eutrophisation se traduisant par une disparition des espèces d’intérêt patrimonial au profit d’une flore banale.
Les activités humaines ne semblent pas revêtir un caractère trop gênant vis-à-vis des objectifs de conservation du site, mais leurs effets,
cumulés dans l’espace et dans le temps, peuvent se révéler négatifs, notamment pour le stationnement ou la nidification des oiseaux d’eau.