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Une Nature mouvante

La côte Ouest du Cotentin abrite la plus grande concentration de havres en France avec pas moins de huit havres depuis la Baie du Mont-Saint-Michel jusqu'au Havre de Carteret. La formation de ces étranges milieux dont les contours peuvent bouger d'une marée à l'autre, trouve son origine dans un phénomène liée aux ondes de marées qui arrivent non pas perpendiculairement au trait de côte mais avec un léger biais : la répercussion de ces ondes sur le littoral très sableux de la côte ouest de la Manche entraîne, via un phénomène nommé « dérive littorale », le transport de ce sable suivant une direction générale nord-sud.

Ce transport conduit à la formation de flèches sableuses qui tendent à obstruer l'exutoire des cours d'eau côtiers vers la mer. Autre particularité des havres : quand la marée monte, la houle apporte avec elle du sable qui flocule (traduisez qui décante) pendant l'étale, tandis que le fleuve apporte pour sa part des limons et des argiles qui se mélangeront au sable : voilà la tangue, l'argile sablonneuse des près salés qui a servi pendant de nombreux siècles à amender les terrains agricoles de dizaines de communes environnantes.

L'histoire des havres est rarement très ancienne car ceux-ci se forment à l'embouchure d'une rivière qui peut bouger (le méandrage). De plus, l'avancée et le recul de la mer sur une échelle millénaire (des glaciations au réchauffement de la planète) déplace, là encore, les havres. Ceux-ci disparaissent tantôt engloutis par les eaux, ou alors ils deviennent des marais arrière-littoraux tandis qu'un autre havre se forme plus loin. Seules les traces de tangue enfouies dans le sol révèlent l'existence passée de vasières ou d'un pré salé. Par exemple, on peut découvrir sur l'estran de la commune de Pirou d'anciens bancs de tangues issus d'un ancien Havre depuis longtemps disparu. Une souche d'arbre de plus de 7000 ans a même été retrouvée sur l'estran, preuve de l'existence passée d'un marais arrière littoral) Les flèches sablonneuses issues des sables apportés par la dérive littorale font également des havres des abris naturels qui ont longtemps servi de port aux pécheurs et autres navires (visitez notamment le musée maritime près du Château de Regnéville). De plus, les courants et les divers éléments organiques diffusés à la sortie des havres favorisent la production conchylicole. Aujourd'hui, ces milieux très particuliers hébergent une flore et une faune très adaptée à ces conditions mouvantes ; L'herbu, ou pré salé, est constitué d'une association de plantes résistantes au sel, et qui progressivement tendent à coloniser les vases nues : spartine, salicorne, puccinnellie, obione, ... se succèdent et se densifient jusqu'à former ces vastes prairies parcourues de chenaux de drainage naturels. Leur intérêt faunistique est particulièrement notable en ce qui concerne les oiseaux : les échassiers notamment, petits et grands (bécasseaux, chevaliers, avocettes, ..) et « canards » ( tadornes, oies bernaches, ...) trouvent dans ces milieux très productifs les micro-organismes dont ils se nourrissent.