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La Gestion des havres

Quels enjeux
Un havre évolue naturellement et finit par se combler ou disparaître, par l'apport de sédiments et sous l'effet de la dérive littorale. Néanmoins, les aménagements des hommes ont bloqué en amont toutes les conditions de création de nouveaux havres : les rivières sont bien souvent canalisées et ne divaguent plus, les routes et les habitations autrefois inexistantes dans les dunes empêchent l'évolution des paysages.
Faute de dynamique naturelle suffisante, leur vieillissement va s'accentuer jusqu'à disparition de certains des habitats naturels composants un havre. Les vasières à salicorne (la slikke) et les bancs de sable vont régresser jusqu'à disparition, le schorre va finir par se continentaliser car de moins en moins souvent immergé par les marées. Cela aura pour conséquence une baisse de la valeur paysagère du site par homogénéisation de la végétation, une disparition des bancs de coquillages présents sur les bancs de sable, une disparition des zones de nourrissage des oiseaux limicoles et même au final, une disparition des frayères des poissons d'eau de mer pour qui le schorre est une zone de nourrissage privilégiée. Enfin, la difficulté d'écoulement des eaux due au colmatage de chenaux du havre risque d'entrainer des problèmes d'inondations dans les terres en amont du havre. La majeure partie des habitats qui composent un havre est classée « habitats d'intérêt communautaire » par l'Union Européenne en raison de leur constante régression à l'échelle continentale. Favoriser le bon fonctionnement écologique du havre est donc un enjeu de conservation majeur.

Quels moyens de gestion ?
Le meilleur moyen d'entretenir durablement un havre est de l'exploiter. Mais la notion d'exploitation doit être raisonnée et n'a rien à voir avec la pression exercée dans le passé sur les havres car la notion « d'économie de subsistance » est maintenant loin derrière nous et l'on parle plutôt de « gestion conservatoire » des milieux. Le pâturage : Il favorise une hétérogénéité structurelle de la végétation et peut bloquer, pour partie, l'évolution de certains habitats. Mais attention au surpâturage qui peut avoir des effets inverses à ceux voulus. Une démarche d'AOC « moutons de prés salés » est en cours. Celle-ci devrait privilégier un pâturage extensif, c'est-à-dire que le nombre d'animaux devrait permettre un entretien du havre tout en évitant une banalisation et une homogénéisation de la flore. De plus les animaux seront retirés à une certaine période pour permettre le repos de la végétation.

La fauche : Elle n'intervient que dans certains secteurs accessibles aux engins et sur des secteurs où la végétation n'est pas consommée par les animaux (il s'agit des zones à chiendent piquant). La fauche permet une jeune repousse l'année suivante qui est plus facilement consommée par les moutons et qui favorise une diversité floristique accrue. La fauche et le pâturage ont une action sur les plantes et ralentissent l'évolution des habitats et la sédimentation (la végétation agit comme un peigne et fixe les différentes particules en suspension...). Cela ne suffit néanmoins pas à rajeunir les milieux car ceux-ci sont liés à l'immersion.

Le rajeunissement des milieux : Le rajeunissement du milieu ne peut se faire que par exploitation de la tangue. Lorsqu'une zone est exploitée par couches, l'eau reste plus longtemps dans les dépressions et les cortèges végétaux de la « Slikke » réapparaissent pour quelques années. De cette manière, il est possible d'augmenter la superficie de vasières favorables aux oiseaux. De même, un curage raisonné (pentes douces sur des secteurs à fort engorgement) des chenaux permet d'éviter un engorgement des sols en amont. Le principal problème (en dehors du « site classé « ) est le devenir de la tangue exploitée. Celle-ci doit obligatoirement être exportée du havre pour permettre son rajeunissement. Un projet de production légumière en AOC, utilisant notamment de la tangue issue des havres, avait été envisagé il y a quelques années, mais il a été abandonné. Le problème du rajeunissement des havres reste donc, à l'heure actuelle, encore entier.